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jeudi 12 mai 2016

Chiens de sang, Karine GIEBEL



Quatrième de couverture :

Ils sont là. Ils approchent.
Aboiements. Tonnerre de sabots au galop...
La forêt est si profonde... Rien ne sert de crier.
C'est le plus dangereux des jeux. Le dernier tabou. Le gibier interdit...
Le hasard les a désignés. Diane aurait dû rester à l'hôtel, ce jour-là. Au mauvais endroit, au mauvais moment... Quant à Rémy le SDF, s'il a perdu tout espoir depuis longtemps, c'est la peur au ventre qu'il tente d'échapper à la traque.
Ils sont impitoyables, le sang les grise.

256 pages, Éditions Pocket, septembre 2010



Ce que j'ai pensé de cette lecture :

D’un côté, il y a Rémy, trente-six, ans, sans domicile fixe. Il avait tout pour être heureux : marié, une fille, une belle maison, une situation professionnelle plus que confortable. Mais il a fait l’erreur de sa vie en ayant une relation sexuelle avec la femme de son patron. Du coup, il s’est fait licencier, et son épouse, qui a découvert le pot aux roses, l’a mis dehors. Depuis, il est un clochard sans histoire, jusqu’au jour où il vient en aide à un parfait inconnu en empêchant deux malfrats de lui voler sa voiture. Pour le remercier, il lui offre un emploi de jardinier et lui propose de le suivre dans son château. Rémy est alors loin de s’imaginer qu’il va être la proie d’une chasse à l’homme. De l’autre, il y a Diane, une journaliste qui s’est fait plaquer il y a peu par celui qu’elle considérait comme l’amour de sa vie. Lorsqu’on lui attribue un reportage, elle accepte sa mission et part pour la campagne. Malheureusement, elle va se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, voir et entendre des choses qui auraient dû rester secrètes, et un groupe d’homme va la prendre en chasse dans le but de la tuer pour qu’elle ne puisse pas divulguer ce dont elle a été témoin. De Rémy et de Diane, qui parviendra à sauver sa peau ?

Et là, c’est parti pour un thriller haletant ! Dès les premières pages, l’attention du lecteur est captée. Nous rencontrons deux personnages diamétralement différents, qui voient leur vie ne tenir qu’à un fil. D’un côté, on veut éliminer un témoin gênant, et l’on va la suivre dans sa tentative d’évasion. Mais en parallèle, nous connaîtrons aussi le point de vue de ces êtres humains qui souhaitent attenter aux jours de la journaliste trentenaire, livrant ainsi leurs pensées et leurs secrets les plus horribles. Mais plus effroyable encore, il y a cette chasse à l’homme organisé par le châtelain dans les bois bordant sa propriété, en compagnie de personnes riches qui ont payé des sommes considérables pour participer à ce divertissement. Rémy, mais également des clandestins, vont être lâches dans la nature, et on leur annoncera clairement la couleur : ils sont le gibier, les proies, le but sera de les tuer ! Choisiront-ils de s’allier ou de pratiquer le chacun pour soi ? 

Nous suivons ces deux histoires en parallèle, en alternant les récits plusieurs fois au cours d’un même chapitre. Cela offre beaucoup de dynamisme à Chiens de sang, et Karine Giebel sait parfaitement entraîner son lecteur où elle le souhaite, pour ensuite le tenir en haleine. Ainsi, il dévore ce livre, voulant toujours en connaître plus, cherchant le petit détail qui le mettra sur la piste du fin mot de ce thriller… en vain ! Car l’auteur parvient à retourner totalement les situations, sans jamais que son récit manque de crédibilité. De plus, elle distille des informations sur le passé de ses personnages par petites doses, au fur et à mesure, attisant ainsi notre curiosité. Cependant, j’ai été quelque peu déçue par le fait que nos deux principaux protagonistes ne se croisent jamais dans ce roman. J’ai espéré que tout cela soit lié au long de ma lecture, et ai donc tourné la dernière page avec une pointe de déception, car de ce point de vue, j’ai eu l’impression de lire un thriller regroupant deux histoires différentes, bien que semblables par le thème abordé.

En conclusion, Rémy ou Diane ? Pour ma part, j’ai une petite préférence pour l’intrigue mettant en scène Rémy, car cette histoire de chasse à l’homme est absolument affreuse, mais incroyablement addictive pour le lecteur ! Ces hommes qui sont pris pour des animaux sont finalement bien plus humains que ceux qui tiennent les fusils et se pensent supérieurs... 

Chiens de sang fut une lecture commune avec Céline, et je vous invite à aller découvrir son avis


mardi 29 mars 2016

Des noeuds d'acier, Sandrine COLLETTE



Quatrième de couverture :

Avril 2001. Dans la cave d’une ferme miteuse, au creux d’une vallée isolée couverte d’une forêt dense, un homme est enchaîné. Théo, quarante ans, a été capturé par deux frères, deux vieillards qui ont fait de lui leur esclave.
Comment a-t-il basculé dans cet univers au bord de la démence ? Il n’a pourtant rien d’une proie facile : athlétique et brutal, Théo sortait de prison quand ces vieux fous l’ont piégé au fond des bois. Les ennuis, il en a vu d’autres. Alors, allongé contre les pierres suintantes de la cave, battu, privé d’eau et de nourriture, il refuse de croire à ce cauchemar. Il a résisté à la prison, il se jure d’échapper à ses geôliers. 

264 pages, Éditions Le Livre de Poche, janvier 2014



Ce que j’ai pensé de cette lecture : 

Théo vient tout juste de sortir de prison. À un peu plus de quarante ans, il a passé dix-neuf mois enfermé. Pourquoi ? Pour avoir frappé Max, son frère, qui est depuis gravement paralysé, ce dernier ayant eu une relation avec Lil, la femme de Théo. À peine libéré, Théo ne peut s’empêcher de rendre visite à celui qu’il a plongé dans un lourd handicap – chose qui lui était formellement interdite. Se rendant compte qu’il a fait une erreur, il se dit que le mieux pour lui est de se faire oublier quelque temps. Il part donc à la campagne, mais ne tarde pas à être enlevé par deux frères, Basile et Joshua, et il va devenir leur chien. Ces deux vieillards vont lui faire subir les pires sévices, endurer des souffrances atroces, et la vie en prison était un délice à côté de ce qu’il va devoir supporter.

La narration se déroule en focalisation interne – du point de vue de Théo – et nous allons suivre ce qui lui arrive. Plus précisément, Des nœuds d’acier est construit de la sorte : il est introduit par un médecin, qui nous livre le témoignage de Théo, son « journal intime », en présentant le tout comme un fait divers. Cela offre davantage de force au récit puisque les actes qui nous sont exposés sont prétendument réels. Et il va nous embarquer dans une histoire qui fait froid dans le dos, que dis-je, dans un livre tout aussi horrible qu’addictif. En effet, bien que les faits présentés soient très durs, que nous soyons témoins de tortures diverses, le lecteur est ici un peu voyeur, en proie à une curiosité morbide nous poussant à vouloir savoir jusqu’où tout cela va aller, et l’écriture de Sandrine Collette y est sans doute pour beaucoup.

Théo est un personnage peu sympathique – il a tout de même tabassé son frère, ruinant ainsi à jamais sa vie. Cependant, celui qui pourrait être considéré comme un « méchant » parvient à obtenir l’empathie du lecteur, puisqu’il devient à son tour victime. Enfermé avec un autre homme, qui est déjà à moitié mort quand notre personnage principal en fait la connaissance, il va devoir supporter la faim, la soif, les souffrances physiques, psychiques… Tout est fait pour les déshumaniser dans ce huis clos pour le moins épouvantable – et les deux vieux qui les maltraitent vont y parvenir, faisant d’eux des esclaves. Violent aussi bien psychologiquement que physiquement, Des nœuds d’acier mettront les nerfs du lecteur à rude épreuve, qui se demandera sans cesse si Théo va parvenir à se sortir de cette séquestration lors de laquelle « torture » est loin d’être un terme assez fort pour décrire la situation.



dimanche 27 décembre 2015

Revival, Stephen KING




Quatrième de couverture : 

Il a suffi de quelques jours au charismatique révérend Charles Jacobs pour ensorceler les habitants de Harlow dans le Maine. Et plus que tout autre, le petit Jamie. Car l’homme et l’enfant ont une passion commune : l’électricité.
Trente ans plus tard, Jamie, guitariste de rock rongé par l’alcool et la drogue, est devenu une épave. Jusqu’à ce qu’il croise à nouveau le chemin de Jacobs et découvre que le mot « Revival » a plus d’un sens... Et qu’il y a bien des façons de renaître !
Addiction, fanatisme, religion, expérimentations scientifiques… un roman électrique sur ce qui se cache de l’autre côté du miroir. Hommage à Edgar Allan Poe, Nathaniel Hawthorne et Lovecraft, un King d’anthologie.

439 pages, Éditions Albin Michel, octobre 2015



Ce que j’ai pensé de cette lecture :

Né dans une famille de cinq enfants, Jamie Morton a grandi en suivant les préceptes d’une éducation protestante, et il a développé une certaine amitié avec Charles Jacobs, le révérend de leur ville. Celui-ci a le don d’intéresser ceux qui participent aux activités de l’Union des Jeunesses méthodistes. Il abordera avec Jamie un sujet qui le passionne tout particulièrement : l’électricité. Le révérend Jacobs est aimé de tous jusqu’au jour du Terrible Sermon, où il tiendra des propos inadmissibles pour un homme d’Église. Suite à cela, il sera plus ou moins contraint de quitter la ville. Trente ans plus tard, alors qu’il est en proie à des démons tels que la drogue et l’alcool, Jamie aura la surprise de croiser le chemin de Charles Jacobs, qui pourrait bien le sortir du mauvais pas dans lequel il est, mais d’une façon assez peu conventionnelle… 

Jamie est le narrateur de Revival, et nous allons suivre son histoire, depuis son enfance jusqu’à ce qu’il ait la soixantaine révolue. Il s’adresse directement à nous, et met en place un pacte de lecture, nous contant sa vie en nous invitant à croire à la véracité de ses dires, même si ceux-ci peuvent paraître comme étant l’œuvre d’un fou. Le récit se déroule en deux temps : le premier tiers du roman est consacré à la jeunesse de Jamie, et le reste de l’ouvrage nous propose de découvrir ce qu’est devenu Charles Jacob – qui changera plusieurs fois d’identité —, et quel est le réel but de ses recherches et expériences. 

J’ai adoré l’ambiance de ce livre. Nous parcourons l’Amérique des années soixante à nos jours, Stephen King nous emmène dans différents coins des États-Unis, en passant par le Maine et New York. Il brosse une galerie de personnages qui ne peuvent laisser le lecteur indifférent. D’ailleurs, certains protagonistes sont tantôt très touchants et on éprouve beaucoup de compassions pour eux, tantôt ils font froid dans le dos et deviennent carrément inquiétants – je pense en particulier à Charles Jacobs. 

Pas de réels temps morts, mais un récit très travaillé, qui s’installe au fur et à mesure, avec un sentiment d’angoisse qui naît peu à peu pour atteindre son paroxysme dans les dernières pages. Je n’ai pas lu beaucoup d’écrits du maître de l’horreur et du fantastique, mais celui-ci est mon préféré. Il y a beaucoup d’intertextualité dans cet ouvrage : il fait exemple référence à Frankenstein de Mary Sheley, ou au Necrominion de H.P. Lovecraft, sans oublier E.A. Poe. Mais il fait tisse également des liens avec ses œuvres, et plus particulièrement avec Joyland. Dans Revival, il aborde des thèmes comme la religion, dont il remet en question les préceptes, mais aussi la part de tromperie dans les expériences scientifiques. J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre, qui a su me captiver de la première à la dernière page, avec un final à la hauteur de mes espérances. 

Revival fut une lecture commune avec Guillaume, et je vous invite à aller découvrir son avis.