mardi 24 mai 2016

Cantique de l'assassin, Guillaume PRÉVOST



Quatrième de couverture :

Printemps 1920. Un prêtre est retrouvé sauvagement assassiné au Sacrificateur, à Montmartre, le cœur arraché, affublé d’une croix et d’une couronne d’épines. Quelques jours plus tard, un deuxième prêtre est tué selon le même rituel macabre à Carcassonne. Pour démasquer le meurtrier, c’est le secret de sa propre histoire que François-Claudius Simon, l’ancien orphelin devenu l’un des plus brillants policiers de sa génération, va devoir percer. Un secret douloureux qui va le plonger au cœur d’une des plus grandes affaires du début du XXe siècle : celle de l’abbé Saunière, petit curé de campagne devenu richissime après avoir découvert un inestimable trésor dans son église. Entre mythe et réalité, la nature de ce trésor fascine et divise aujourd’hui encore historiens, chercheurs et passionnés d’ésotérismes.

368 pages, Éditions Nil, avril 2016



Ce que j'ai pensé de cette lecture :

Un meurtre abject a été perpétré à Paris, dans l’enceinte même de la maison de Dieu. Un prêtre a été torturé puis tué en suivant une macabre mise en scène. Plus troublant encore, parmi les noms de personnes inscrites sur les registres du Sacré Cœur, lieu du crime, figure l’identité de François-Claudius Simon, l’inspecteur qui va se voir confier l’enquête. Pourquoi avoir associé cet homme à cet acte de barbarie ? Que peut bien lui vouloir l’assassin ? Alors qu’il se lance dans ces investigations, il ne tarde pas à s’apercevoir que ses proches ont sans doute un lien avec tout ceci, et en particulier sa mère. Cette dernière l’avait abandonné quand il n’était qu’un enfant et se retrouve désormais dans un institut psychiatrique, car elle a totalement perdu l’esprit suite à un traumatisme. Or, il se pourrait que ce choc survenu plusieurs années auparavant ait un lien avec l’affaire que notre policier doit résoudre…

C’est un ouvrage plein de rebondissements, avec une tension présente tout au long de la lecture que nous offre ici Guillaume Prévost. Celui-ci est porté par des personnages hauts en couleur : un assassin mystérieux qui semble vouloir faire tourner en bourrique notre inspecteur ; Judith, la fille de joie ; Mado, l’épicière pour laquelle François a une réelle affection, celle-ci étant un peu comme une seconde mère pour lui ; des ecclésiastiques qui cachent un secret qui pourrait bien bouleverser la chrétienté, et plus précisément les Évangiles. Mêlant une intrigue policière à des faits historiques, l’auteur nous plonge dans le Paris des années 1920, puis nous fait voyager à travers la France et l’Europe, à la rencontre d’individus marqués par la Première Guerre mondiale. Il y a d’ailleurs beaucoup de petites gens entre ces pages, et de lourds secrets. Quant au lecteur, il ne pourra que saluer le niveau de langue du récit ainsi que les recherches faites en amont.

Il s’agit ici du cinquième tome d’une série, mais même si j’ignore de quoi il est question dans les opus précédents, cela ne m’a aucunement posé problème. Cependant, je dois reconnaître qu’il m’est parfois arrivé de décrocher quelque peu lors de ma lecture de Cantique de l’assassin. Il se passe énormément de choses au cours de l’intrigue, et il m’est donc arrivé de perdre le fil. Il y a en effet beaucoup de personnages et de faits à appréhender. Néanmoins, il s’agit d’un bon roman policier qui ravira les fans du genre !


jeudi 19 mai 2016

L'If et la rose, Agatha CHRISTIE



Quatrième de couverture :

Comment John Gabriel, ancien candidat au Parlement, un opportuniste, séducteur, homme à femmes et grand buveur, a-t-il pu devenir celui que l’on nomme le père Clément, saint homme dont l’altruisme exemplaire est admiré et reconnu de tous ?
Revenant sur sa propre vie, Hugh Norreys raconte comment ce personnage charismatique marqua la petite ville de Saint-Loo et bouleversa la vie de nombre de ses habitants. Parmi eux, Isabella Charteris, une belle jeune femme aristocratique, silencieuse et mystérieuse, menant une vie paisible dans un château, avec trois vieilles dames pour seule compagnie. Norreys en tomba amoureux, mais il ne fut pas le seul.

320 pages, Éditions Le Livre de Poche, janvier 2016



Ce que j’ai pensé de cette lecture : 

Publié sous le pseudonyme de Mary Westmacott, L’If et la rose est un ouvrage d’Agatha Christie, la « Reine du crime ». Pourtant, point de meurtre dans ce récit. En effet, l’histoire s’ouvre sur Hugh Norreys, le narrateur, appelé pour se rendre auprès d’un certain John Gabriel, qui se meurt. Le lecteur remonte alors le temps, et découvre comment Hugh a fait la connaissance de cet individu, un politicien devenu désormais homme d’Église. Or, rien ne le laissait supposer, car John Gabriel était quelqu’un d’ambitieux, d’égoïste et de peu apprécié de Hugh. Qu’a-t-il donc pu advenir pour aboutir à un tel retournement de situation ?

Notre narrateur est un personnage profondément meurtri. Alors qu’il avait rencontré une femme avec laquelle il projetait de s’installer, son rêve s’est vu brisé par un accident de voiture qui l’a rendu lourdement handicapé. Désormais en fauteuil roulant et incapable de subvenir à ses propres besoins, il va vivre chez son frère et sa belle-sœur, qui habitent dans un village où la campagne électorale bat son plein. Parmi les candidats, il y a John Gabriel, membre du parti conservateur, qui semble prêt à tout pour remporter le scrutin. Avec beaucoup de clairvoyance, Hugh Norreys va se faire une opinion sur les différents habitants, mais il semble bien impuissant à changer les choses.

Du fait de son statut d’handicapé, Hugh attire la sympathie des villageois, qui lui confient leurs craintes et leurs espoirs. Parmi ceux-ci, il y a bien sûr notre politicien, qui n’hésite pas à lui faire part de ses plus sombres desseins, mais aussi Isabella, une jeune femme occupant un certain rang promise à son cousin. À travers ses mots, Agatha Christie nous propose une véritable galerie de portraits, ne s’attardant que peu sur leur physique pour s’intéresser davantage à leur âme. On y découvre des protagonistes au cœur pur, d’autres manipulateurs, des riches, des moins aisés, etc. Hugh, John et Isabella forment le noyau de ce roman autour duquel gravitent les personnages secondaires, mais l’auteur a pris soin de dépeindre et de donner un réel rôle à ces derniers, ne les limitant pas au statut de figurants.

Malheureusement, j’ai trouvé l’intrigue quelque peu fade, manquant de rebondissements. Ce n’est que dans les derniers chapitres qu’il se passe quelque chose de réellement significatif. Le début de l’ouvrage est en effet essentiellement consacré aux questions politiques, et mon intérêt est resté en retrait par rapport à cela. De ce fait, je me suis quelque peu ennuyée lors de la lecture de L’If et la rose. 


dimanche 15 mai 2016

Vous n'aurez pas ma haine, Antoine LEIRIS



Quatrième de couverture :

Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyas-Leiris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan. Accablé par la perte, il n’a qu’une arme : sa plume. 
À l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre « Vous n’aurez pas ma haine », publiée au lendemain des attentats, il nous raconte ici comment, malgré tout, la vie doit continuer. 
C’est ce quotidien, meurtri, mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre. Un témoignage bouleversant. 

144 pages, Éditions Fayard, mars 2016



Ce que j'ai pensé de cette lecture : 

Le 13 novembre 2015, Hélène Leiris, l’épouse de l’auteur, est décédée au Bataclan, sous le feu des terroristes. Antoine était dans son canapé lorsqu’il a vu le terrible bandeau défilant sur les chaînes qui annonçait le massacre. Après s’être rendu avec son frère dans tous les hôpitaux qui accueillaient les blessés, être rentré chez lui et avoir attendu que son téléphone sonne, il a appris que le pire était arrivé : Hélène, sa merveilleuse femme et la mère de Melvil, leur fils âgé seulement de dix-sept mois, a perdu la vie. Ce témoignage bouleversant relate jour après jour le quotidien d’Antoine et de Melvil, depuis le soir des attentats jusqu’au lendemain de l’enterrement d’Hélène. Et ce n’est pas la haine pour les meurtriers qui transparaît dans cet ouvrage, mais bien son amour pour son âme sœur disparue.

Quel livre poignant, publié après une lettre désormais célèbre ! Nous découvrons page après page que la vie d’Antoine et de Melvil ne sera plus jamais la même. Cette perte est tragique, effroyable, injuste… Mais malgré tout, Antoine souhaite préserver Melvil. Âgé de dix-sept mois, comment pourrait-il comprendre que sa maman est morte sous les balles de terroristes alors qu’elle s’était simplement rendue à un concert de rock ? Il va seulement ressentir l’absence et en souffrir. Pour tenter de le protéger du mieux qu’il en est capable, Antoine va conserver leurs rituels, comme les câlins, les histoires avant de dormir, mais surtout, il décide de tout mettre en œuvre afin que son jeune fils ne grandisse pas dans la haine de l’autre. Il fera tout ce qui est en son pouvoir pour qu’Hélène soit toujours là, avec eux. Par ailleurs, une réelle solidarité s’organise autour de lui, les mamans des enfants de la crèche concoctent par exemple des repas pour Melvil, montrant que l’être humain n’est pas foncièrement mauvais.

Ce témoignage est une magnifique déclaration d’amour. En effet, Antoine Leiris peut crier à ceux qui ont perpétré ces attentats terroristes : « Vous n’aurez pas ma haine », parce que son cœur est rempli d’amour pour Hélène et Melvil. Bien évidemment, cet ouvrage est très dur, puisqu’il relate des faits encore frais dans la mémoire collective, et qui demeurent pourtant toujours inconcevables. La détresse d’Antoine est palpable, sa façon de s’exprimer empreinte de poésie. Nous ne pouvons rester de marbre à la lecture de Vous n’aurez pas ma haine, de par le sujet abordé, la plume de l’auteur, mais aussi – et surtout – l’injustice de tout cela. Ce récit est un vrai crève-cœur, mais également plein d’espoir, car nous ne pouvons qu’admirer la réaction de l’auteur.

Nous n’avons plus qu’à souhaiter qu’Antoine et Melvil parviennent à se reconstruire.