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jeudi 19 mai 2016

L'If et la rose, Agatha CHRISTIE



Quatrième de couverture :

Comment John Gabriel, ancien candidat au Parlement, un opportuniste, séducteur, homme à femmes et grand buveur, a-t-il pu devenir celui que l’on nomme le père Clément, saint homme dont l’altruisme exemplaire est admiré et reconnu de tous ?
Revenant sur sa propre vie, Hugh Norreys raconte comment ce personnage charismatique marqua la petite ville de Saint-Loo et bouleversa la vie de nombre de ses habitants. Parmi eux, Isabella Charteris, une belle jeune femme aristocratique, silencieuse et mystérieuse, menant une vie paisible dans un château, avec trois vieilles dames pour seule compagnie. Norreys en tomba amoureux, mais il ne fut pas le seul.

320 pages, Éditions Le Livre de Poche, janvier 2016



Ce que j’ai pensé de cette lecture : 

Publié sous le pseudonyme de Mary Westmacott, L’If et la rose est un ouvrage d’Agatha Christie, la « Reine du crime ». Pourtant, point de meurtre dans ce récit. En effet, l’histoire s’ouvre sur Hugh Norreys, le narrateur, appelé pour se rendre auprès d’un certain John Gabriel, qui se meurt. Le lecteur remonte alors le temps, et découvre comment Hugh a fait la connaissance de cet individu, un politicien devenu désormais homme d’Église. Or, rien ne le laissait supposer, car John Gabriel était quelqu’un d’ambitieux, d’égoïste et de peu apprécié de Hugh. Qu’a-t-il donc pu advenir pour aboutir à un tel retournement de situation ?

Notre narrateur est un personnage profondément meurtri. Alors qu’il avait rencontré une femme avec laquelle il projetait de s’installer, son rêve s’est vu brisé par un accident de voiture qui l’a rendu lourdement handicapé. Désormais en fauteuil roulant et incapable de subvenir à ses propres besoins, il va vivre chez son frère et sa belle-sœur, qui habitent dans un village où la campagne électorale bat son plein. Parmi les candidats, il y a John Gabriel, membre du parti conservateur, qui semble prêt à tout pour remporter le scrutin. Avec beaucoup de clairvoyance, Hugh Norreys va se faire une opinion sur les différents habitants, mais il semble bien impuissant à changer les choses.

Du fait de son statut d’handicapé, Hugh attire la sympathie des villageois, qui lui confient leurs craintes et leurs espoirs. Parmi ceux-ci, il y a bien sûr notre politicien, qui n’hésite pas à lui faire part de ses plus sombres desseins, mais aussi Isabella, une jeune femme occupant un certain rang promise à son cousin. À travers ses mots, Agatha Christie nous propose une véritable galerie de portraits, ne s’attardant que peu sur leur physique pour s’intéresser davantage à leur âme. On y découvre des protagonistes au cœur pur, d’autres manipulateurs, des riches, des moins aisés, etc. Hugh, John et Isabella forment le noyau de ce roman autour duquel gravitent les personnages secondaires, mais l’auteur a pris soin de dépeindre et de donner un réel rôle à ces derniers, ne les limitant pas au statut de figurants.

Malheureusement, j’ai trouvé l’intrigue quelque peu fade, manquant de rebondissements. Ce n’est que dans les derniers chapitres qu’il se passe quelque chose de réellement significatif. Le début de l’ouvrage est en effet essentiellement consacré aux questions politiques, et mon intérêt est resté en retrait par rapport à cela. De ce fait, je me suis quelque peu ennuyée lors de la lecture de L’If et la rose. 


vendredi 15 avril 2016

La Maladroite, Alexandre SEURAT



Quatrième de couverture : 

« Je voudrais me rappeler Diana, mieux que je ne peux en vrai. Je voudrais me rappeler tout ce que Diana et moi nus n’avons jamais fait ensemble, comme si nous l’avions fait. Parfois j’écoute des musiques de notre enfance, et je voudrais que la musique me la rappelle, mais la musique ne me rappelle rien, parce que nous n’étions pas ensemble, nous n’avons pas vécu la même enfance. »
Diana, 8 ans, a disparu. Ceux qui l’ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et nous dire ce qui s’est noué sous leurs yeux. Institutrices, médecins, gendarmes, assistantes sociales, grand-mère, tante, demi-frère...

128 pages, Éditions Du Rouergue, Collection « La Brune », août 2015



Ce que j’ai pensé de cette lecture :

La première phrase de ce roman est prononcée par d’une institutrice, qui nous dit : « Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard ». À partir de là, les protagonistes vont prendre la parole tour à tour pour nous relater l’histoire de Diana, à commencer par sa grand-mère, qui explique que lorsque sa fille est tombée enceinte, elle ne voulait pas du bébé et a tout d’abord accouché sous X avant de retourner la chercher un mois plus tard. Puis nous faisons un saut dans le temps, et nous retrouvons une élève de six ans, tout juste scolarisée, qui a des bleus, des marques, et qui semble accuser un certain retard. Son père est déménageur, sa mère femme au foyer, et à chacune des rencontres de cette famille avec le corps médical ou enseignant, elle parait tout à fait normale, et lève ainsi les soupçons. Ainsi, malgré des suspicions très fortes, personne ne pourra venir en aide à Diana, puisqu’il faut des preuves, et non des soupçons. Et les plantes de pieds couvertes de brûlures et d’infections, qui provoqueront une hospitalisation, ne seront pas non plus suffisantes. Et c’est un calvaire sans nom que va vivre cette enfant, qui ne dénoncera pourtant pas ses parents, et que personne ne parviendra à sauver.

La Maladroite est un livre très difficile. Dès les premiers mots, nous savons pertinemment que Diana est perdue, et que les témoignages qui vont se succéder vont nous relater l’impuissance de l’entourage de Diana. Sa grand-mère ne peut rien faire, car sa fille finit par couper contact avec elle et sa sœur, déménageant sans leur signaler. Viennent ensuite l’institutrice et la directrice de l’école. La maîtresse tente de faire parler Diana, elle consigne même sur papier les sévices qu’elle subodore, mais le médecin scolaire croit aux explications du père de famille : la petite souffre d’une maladie immunitaire, et les yeux extrêmement gonflés qu’elle arbore ne sont qu’une simple conjonctivite. Puis les parents prennent la décision de déménager, et même si la nouvelle directrice alerte les bureaux de l’aide sociale à l’enfance ainsi que la gendarmerie, ils restent tous impuissants : Diana dit que tout va bien, qu’elle est juste extrêmement maladroite, son père, sa mère et son frère tiennent un discours identique, au détail près, pour expliquer le moindre bleue de la fillette.

Alexandre Seurat nous raconte ceci avec beaucoup de distance. Il n’exprime en aucun cas son opinion, et tout cela nous est livré tel un témoignage, une enquête dans laquelle les différentes parties prendraient tour à tour la parole. Ceci nous offre une lecture extrêmement émouvante et difficile. Mais une fois la dernière page tournée, j’ai appris qu’il ne s’agissait pas d’une œuvre de fiction, mais d’un fait divers, et que le calvaire qui nous est relaté est celui de Marina Sabatier. Et là, c’est tout simplement insoutenable. Je pense pouvoir affirmer que La Maladroite est le livre le plus dur que je n’ai jamais lu. C’est pourquoi il m’est impossible de le noter, car je ne peux pas dire que les sévices endurés par une enfant – qui se terminent de la façon la plus abominable qui soit – soient un récit plaisant. C’est cependant un ouvrage nécessaire pour sensibiliser le plus grand nombre, qui soulève le problème de l’impuissance des institutions, qui ne peuvent rien faire tant qu’elles n’ont pas de preuves tangibles.

La Maladroite fut une lecture commune avec Kreen, et je vous invite à aller découvrir son avis.

samedi 20 février 2016

Violette Nozière Vilaine Chérie, Camille BENYAMINA & Eddy SIMON




Quatrième de couverture : 

Paris, 1933.
Elle a défrayé la chronique.
On l’a surnommée l’ange noir.
Elle s’appelait Violette...

96 pages, Éditions Casterman, janvier 2014



Ce que j’ai pensé de cette lecture :

À seulement dix-huit ans, Violette Nozière rêve d’autre chose. Ses parents l’insupportent, elle désire mener la grande vie, et n’hésite pas pour cela à se prostituer ou à se faire passer pour celle qu’elle n’est pas. Mais lorsqu’elle s’éprend de Jean Dabin, un étudiant en droit, ses besoins en liquidités se font de plus en plus pressants, d’autant plus qu’elle a prétendu que son père était un ingénieur et qu’elle a elle-même un emploi. De ce fait, un héritage tomberait à pic pour la sortir de l’embarras et lui permettre de rejoindre son petit ami en vacances en Bretagne. C’est pourquoi elle décide d’orchestrer l’assassinat de ses parents…

L’ouvrage s’ouvre sur le procès de la fameuse Violette, qui est appelée au tribunal de Paris en octobre 1934. Puis nous faisons un saut temporel et retournons en mars de l’année précédente, dans le Quartier latin, où la jeune femme s’épanouit pleinement bien entourée de ses amis. Elle s’y invente une existence. Nous allons ainsi nous immerger dans son quotidien et découvrir sa personnalité pour le moins étrange et multiple. Elle va mentir à tout le monde, et sa vie de débauche la mènera à contracter la syphilis. Elle éprouve un certain mépris pour ses parents, qui l’aiment pourtant sincèrement et souhaitent le meilleur pour elle, et elle les considère comme des minables.

Cette bande dessinée retrace un fait divers ayant défrayé la chronique dans les années 1930. Je dois reconnaître que je n’en avais jamais entendu parler, ce qui m’a permis d’avoir la surprise totale du scénario. Et si c’est une excellente histoire, il faut bien avouer que cela a de quoi faire froid dans le dos, d’autant plus qu’il s’agit de faits réels… Et pourtant, on ne peut s’empêcher de prendre parfois Violette en pitié, car elle est loin d’être un personnage manichéen, capable de sentiments très forts comme d’une incroyable cruauté. De plus, on peut ressentir une certaine distance volontaire de la part d’Eddy Simon et de Camille Benyamina. Ils semblent retranscrire les faits, sans prendre le parti de défendre ou de condamner Violette Nozière. Libre au lecteur de se faire sa propre opinion.

Les dessins sont absolument magnifiques. Les bulles sont tellement travaillées que l’on pourrait croire que l’on est face à des peintures, et nous avons le sentiment de plonger dans les années 1930. Aussi bien visuellement que d’un point de vue narratif, Violette Nozière Vilaine Chérie est une bande dessinée très intéressante. Tout est au rendez-vous. Un sans faute ! 


samedi 13 février 2016

Belle Époque, Elizabeth ROSS



Quatrième de couverture :

Paris, 1889. Maude Pichon s’enfuit à 16 ans de sa Bretagne natale pour échapper à un mariage forcé et découvre Paris, ville-lumière en ébullition à la veille de l’Exposition universelle. Hélas, ses illusions romantiques s’y évanouissent aussi vite que ses maigres économies. Elle est désespérément à la recherche d’un emploi quand elle tombe sur une petite annonce inhabituelle :
ON DEMANDE 
Des jeunes femmes pour faire un ouvrage facile.
Bienséance respectée.
Présentez-vous en personne à l’agence Durandeau, 27, avenue de l’Opéra, Paris.
L’agence Durandeau propose en effet à ses clients un service unique en son genre : le faire-valoir. Étranglée par la misère, Maude postule...

432 pages, Éditions Robert Laffont, Collection « R », novembre 2013



Ce que j’ai pensé de cette lecture :

À la fin du XIXe siècle, alors que Paris est en pleine euphorie à cause de l’exposition universelle, Maude quitte sa Bretagne natale – et échappe ainsi au mariage que son père lui avait arrangé – pour rejoindre la capitale. Afin de subsister, elle est contrainte de travailler pour l’agence Durandeau, qui propose à ses clientes des faire-valoir. En deux mots, ces dernières louent les services des jeunes femmes laides, ou au mieux banales, afin de mettre en avant leur propre beauté. Du haut de ses seize ans, Maude était loin de s’imaginer qu’elle allait devenir un repoussoir, et qu’elle sera louée par la Comtesse Dubern, qui espère ainsi mettre en avant Isabelle, sa fille, afin qu’elle trouve un bon parti avec lequel se marier… 

Maude est loin d’être stupide, mais elle a quitté son foyer et doit désormais en assumer les conséquences. Malheureusement pour elle, le hasard fait qu’elle ne pas tombe sur des gens bienveillants, et mise à part Marie-Josée, une faire-valoir qui aidera Maude à s’adapter à sa nouvelle vie et qui est plutôt joviale, les autres collègues de notre héroïne sont relativement transparentes. Quant à son patron, il est absolument détestable, exposant les jeunes femmes au choix de ses clientes tels de vulgaires objets, semblant presque nier leur identité et n’hésite pas à insister sur leur physique ingrat pour s’enrichir. La Comtesse Dubern va elle aussi être assez machiavélique, car outre se servir de Maude comme d’un repoussoir, elle va cacher cela à sa fille, Isabelle, prétextant que Maude est une parente éloignée. Pire encore, elle va l’utiliser pour espionner et manipuler sa propre enfant. Mais Isabelle n’est pas tout à fat la personne que s’imaginait notre héroïne.

Néanmoins, tout est plutôt prévisible, et il n’y a pas de réelle surprise dans cet ouvrage. Ce qui se produit est cousu de fil blanc, et cela ne m’a pas vraiment motivée pour poursuivre ma lecture, ce qui explique pourquoi celle-ci fut relativement laborieuse. Un autre point qui m’a paru assez peu vraisemblable : Maude est censée être une fille de la campagne ayant reçu une instruction plutôt sommaire, et pourtant, elle possède un vocabulaire excessivement riche, parfois même un peu guindé, ce qui décrédibilise notre personnage principal. 

Il faut savoir que Belle Époque est inspiré d’une nouvelle d’Émile Zola, qui nous est proposée en fin d’ouvrage. Il y évoque la question de ces femmes utilisées pour sublimer la beauté d’autres, et Elizabeth Ross a décidé de développer ce récit pour en faire un roman de près de 400 pages. Beaucoup ont adoré, mais ce ne fut pas mon cas. Je ne suis pas parvenue à réellement entrer dans l’histoire, à éprouver de l’intérêt pour les personnages, j’ai eu l’impression que l’on tournait en rond et je me suis ennuyée… Bref, ce fut une lecture en demi-teinte. 

Belle Époque fut une lecture commune avec Kidae, et je vous invite à aller découvrir son avis.


dimanche 10 janvier 2016

Tornade, Jennifer BROWN




Quatrième de couverture :

C’est un jour comme un autre pour Jersey. Sa mère et sa fantasque petite sœur Marine partent pour le cours de danse. Encore à elle la corvée de préparer le dîner. Quand sa vie bascule en quelques secondes : une tornade d’une violence exceptionnelle dévaste tout sur son passage, les maisons, les arbres, les routes, les gens. C. » est une vision de cauchemar, des voisins blessés et traumatisés errent dans la rue jonchée de gravats et de débris. Réfugiée au sous-sol, Jersey a beau appeler et appeler encore sur le portable de sa mère, impossible de la joindre...

288 pages, Édition Albin Michel, Collection « Wiz », avril 2015



Ce que j’ai pensé de cette lecture : 

Jersey, seize ans, la narratrice de Tornade, vit avec sa mère, sa demi-sœur Marine et son beau père, Ronnie, dans le Midwest, une région des États-Unis où la météo a l’habitude de se déchaîner. Ce jour-là, alors qu’une énième tempête avait été annoncée, notre héroïne se met à crier sur sa petite sœur qui veut absolument lui apprendre à danser le swing de la côte Est : « Je n’en ai aucune envie ! Fous le camp ». Elle est alors loin de s’imaginer que ce sont les derniers mots qu’elle prononcera à Marine. En effet, peu après, l’enfant part à son cours de danse avec leur mère, et pendant que Jersey est seule chez elle est aspire à un moment de tranquillité, une tornade se forme et ravage tout sur son passage. Cachée sous le billard dans la cave, elle en sortira indemne physiquement, mais des blessures bien plus graves vont devoir être surmontées : la perte de sa maison emportée par le vent, les décès de sa mère et de sa sœur, le chamboulement de ses marques et repères, de tout ce qui faisait que Jersey était Jersey… Comment survivre à cela ?

Ce roman fut un très gros coup de cœur, sans doute un des ouvrages qui m’a le plus touchée jusqu’alors dans mes différentes expériences de lecture. J’ai tout aimé dans ce livre, qui a su me transporter de la première à la dernière page. J’ai ressenti la peur, la faim, la douleur, la colère, la tristesse, le sentiment de rejet, profond mal-être de Jersey. C’était plus que de l’empathie : son histoire m’a profondément émue. Très rapidement, ce récit m’a prise aux tripes et j’ai eu du mal à le mettre de côté tant je me posais de questions quant à l’avenir de cette adolescente. Comment se reconstruira-t-elle ? Y parviendra-t-elle ? Quoi qu’il en soit, une part d’elle est brisée à tout jamais suite à cette catastrophe climatique. 

L’écriture de Jennifer Brown est très agréable. Elle va droit au but, réussissant parfaitement à retranscrire les sentiments de ses protagonistes. On y rencontre d’ailleurs des êtres plus ou moins bienveillants, mais aucun ne vous laissera indifférent. Que ce soit notre héroïne – qui est aussi la narratrice, ce qui donne encore plus de force à ce qu’elle relate puisqu’il s’agit donc d’une narration avec une focalisation interne – son entourage familial et amical, ou de personnes qu’elle ne croisera qu’une fois, chacun d’entre veux vous marquera à sa façon. 

Parmi les nombreux thèmes qu’il développe, ce roman traite de la famille : appartient-on à la même famille par les liens du sang, où est-ce l’amour que l’on se porte qui fait tout ? Comment survivre lorsque l’on a « tout » perdu ? D’ailleurs, que signifie « tout perdre » ? Il montre aussi que l’on peut voir disparaître de nos vies les personnes qui comptent le plus, et qu’il faut prendre le temps de leur dire ce que l’on ressent avant qu’il ne soit trop tard. Et que faire des remords et des regrets ? À la lecture de , j’ai eu à plusieurs reprises la gorge nouée, le cœur qui se serre, la boule au ventre… C’est un livre dont je ne ressors pas indemne et qui raisonnera encore longtemps en moi, comme si j’avais réellement connu Jersey.